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Éditorial

Tabagisme passif : Priorité à la protection de nos enfants !

Les conséquences de l’exposition au tabagisme passif sont encore largement sous-estimées, malgré la multiplicité des études et des données scientifiques sur ce sujet. Cette sous-estimation, par l’opinion publique comme par les décideurs, fragilise les politiques publiques de protection contre le tabagisme passif et les droits des non-fumeurs. Parmi ces derniers, les victimes les moins à même de faire entendre leur voix sont les enfants soumis au tabagisme de leur entourage.

C’est ainsi qu’alors que la toute récente loi de santé a adopté l’interdiction de fumer dans un véhicule en présence de mineur, n’importe qui peut faire le constat du non-respect généralisé de cette disposition. Or, il est établi scientifiquement que sont concentrés des quantités très importantes de toxiques issus du tabac dans l’habitacle d’une voiture. Pour des poumons en plein développement comme ceux des enfants, les effets délétères des microparticules déposées sur les sièges et les éléments plastiques de l’habitacle, et qui par ailleurs y restent parfois pendant des années, se font progressivement sentir sur la santé des plus petits.

Leur santé est tout autant en danger lorsque leurs parents et leurs proches fument à l’intérieur de la maison ou, croyant bien faire, à la fenêtre de leur lieu d’habitation. Exposés aux microparticules toxiques, les enfants développent des pathologies telles que l’asthme, des otites, des bronchites et d’autres maladies ORL. Pour les enfants en bas-âge les conséquences sont d’autant plus graves qu’ils amènent souvent leurs mains dans la bouche après avoir parcouru les sols et les meubles : les absorptions de toxiques dues aux microparticules de tabac qui y sont déposées sont alors très importantes.

Tout cela est bien documenté et les études sur les conséquences sur la santé de l’enfant de l’exposition au tabagisme passif sont sans appel : risque accru de développer de nombreuses maladies respiratoires, cardiovasculaires, ainsi que certains cancers.

Malheureusement, cette exposition commence même dans de nombreux cas depuis la gestation. Bizarrement, les femmes enceintes continuent de sous-estimer les dangers de leur comportement tabagique sur leur santé et sur celle de leur enfant à naître. Comme l’a démontré une étude de DNF en 2013, disponible sur le site www.grossessesanstabac.fr ,de nombreuses fausses idées persistent autour du tabagisme pendant la grossesse. Trop souvent, ces futures mères entendent encore qu’il est préférable de continuer à fumer que de trop stresser à cause de leur tabagisme…

Or, les conséquences ainsi mésestimées sont graves pour la santé des nouveaux nés : petits poids de naissance, problèmes respiratoires ainsi que certaines malformations.

En outre, d’autres risques potentiels se révèlent au fil des études menées. Ainsi, l’université de Yale [1] vient de mettre en évidence, chez les souris, le mécanisme génétique qui démontre que la nicotine modifie le cerveau, notamment le cortex, et provoque des troubles du comportement. La nicotine agirait ainsi dans le cerveau via des récepteurs particuliers en s’y fixant à la place d’un important neurotransmetteur, l’acétylcholine. Or cette dernière est cruciale lors du développement, car elle permet notamment l’apparition des connexions entre neurones (les synapses). Chez l’animal en gestation, la présence de nicotine (dans le sang de la mère et dans celui du bébé) provoque ainsi dans le cerveau du petit des altérations de la structure des neurones et de leurs zones de connexions. Chez l’homme, on a aussi révélé par imagerie cérébrale que l’exposition prénatale au tabac modifiait la structure du cortex des enfants selon cette étude publiée dans ScienceDaily. Quelles sont les conséquences ? Les souris qui ont été utilisées pour cette étude présentaient une hypersensibilité avec des caractéristiques proches des troubles d’attention avec hyperactivité (TDA) que l’on observe chez l’homme. Cette modification de l’expression des gènes persiste à l’âge adulte, ce qui démontre les effets délétères du tabagisme in utéro.

En imposant le pictogramme préconisant la non-consommation de tabac pour les femmes enceintes sur les paquets, la ministre de la santé a souligné l’impérative nécessité de continuer à informer et sensibiliser le public sur les risques du tabagisme pendant la grossesse. Mais il est tout aussi impératif d’offrir un accompagnement adapté pour faciliter la cessation du tabac pendant la grossesse et pour éviter les rechutes après l’accouchement. Dans ce contexte, DNF a pris note de l’initiative menée depuis le mois d’avril, dans 16 maternités françaises, où un programme d’aide à l’arrêt récompense avec des bons d’achat les futures mamans qui parviennent à cesser de fumer. Pour participer au programme, les patientes doivent avoir 18 ans, porter leur bébé depuis 4 mois et demi, et fumer plus de cinq cigarettes par jour. Ces futures mamans seront suivies pendant 3 à 5 séances par un tabacologue avant l’accouchement et à une moindre fréquence après la grossesse. Nous espérons que les conclusions de cette étude seront concluantes et que mère et enfant gagneront ce combat contre le tabac.

Sur cette question si essentielle du tabac et de la grossesse, nous renvoyons nos lecteurs à la toute dernière Chronique du Docteur Mesny qui y est précisément consacrée.

Bonne lecture !

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