Actualités

Éditorial

Aux politiciens dévoyés, l’industrie du tabac reconnaissante

Lors de l’examen parlementaire du projet de loi de finances rectificative (PLFR), l’industrie du tabac, relayée par ses fourriers habituels de la Confédération des buralistes, a conduit une offensive couronnée de succès. Celle-ci a trouvé des relais actifs parmi nombre d’élus et de responsables politiques.

En effet, ce ne sont pas moins de 25 amendements émanant directement de l’industrie du tabac, comme la presse l’a abondamment souligné sans être démentie, qui ont été déposés par des dizaines de parlementaires de tous bords (UMP tel Lionnel Luca, UDI comme Charles de Courson, PS tels Jean-Louis Dumont ou Razzy Hammadi) qui n’avaient même pas pris la peine d’en modifier une virgule.

Ce n’est nul autre que le Secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, qui a soutenu à la dernière minute, et contrairement à ce qui avait été arrêté initialement en réunion interministérielle, la modification de la fiscalité du tabac prônée par ces amendements convergents.

Cet étrange revirement ministériel, il serait dû, selon le Journal du Dimanche et d’autres sources bien informées, à un ordre direct du Président de la République, François Hollande.

Cette débauche de soutiens a permis l’adoption de ces textes qui conduiront, en comparaison avec le mécanisme de taxation désormais aboli, à favoriser l’industrie du tabac qui verra ses revenus augmenter, et à nuire aux intérêts de l’Etat qui subira une baisse de ses ressources affectées à la Sécurité sociale. Ce fait a d’ailleurs été souligné avec force, lors du débat parlementaire, par Valérie Rabault, Rapporteure du Budget à l’Assemblée nationale. L’impact potentiel pour les finances publiques avait également motivé son homologue au Sénat - Albéric de Montgolfier - à déposer des amendements demandant l’abrogation du nouveau système, avant de les retirer de manière totalement inexpliquée et malheureusement trop explicable juste avant la séance publique.

Pis encore, cette modification gèle la fiscalité du tabac et casse le mécanisme de hausse automatique des prix, au plus grand profit de l’industrie du tabac et au plus grand tort de la santé publique. En effet, il s’agit bel et bien du signe du renoncement à utiliser la contrainte fiscale pour faire pression sur les prix et diminuer une consommation et une prévalence qui demeurent très élevées en France.

C’est donc une victoire sur toute la ligne de l’industrie du tabac et de ses assujettis, un joli cadeau de Noël pour cette industrie si particulière qui tue prématurément un consommateur de ses produits sur deux, est responsable de 100 millions de décès prématurés au siècle précédent et, au rythme actuel, le sera d’un milliard au 21ème siècle.

L’industrie du tabac peut ainsi être particulièrement reconnaissante aux responsables politiques susmentionnés.

Un grand merci de l’industrie, donc, à François Hollande qui, lors du lancement du 3ème Plan Cancer, présentait pourtant les prix du tabac comme le premier levier de la lutte antitabac.

Un grand merci des cigarettiers, également, à Christian Eckert qui, en ces temps de disette budgétaire, se prive ainsi de précieuses rentrées fiscales et augmente les ressources déjà abondantes d’une industrie destructrice pour la société française (73 000 décès par an, un coût sanitaire et social de dizaines de milliards d’euros perdus

Poser une question

 Dernières questions

  • Faites un don
  • Rejoindre DNF
  • Echangez sur notre forum
  • Espace presse
  • Inscription à la lettre bimensuelle