Editorial

Réduction du tabagisme des adolescents français, un effet du paquet neutre ?

Une étude, publiée au BMJ (British Medical Journal) en novembre 2018, présente l'évolution des perceptions et des comportements liés au tabagisme sur un échantillon d'adolescents français avant 2016 et un an après (2017).

Au cours des deux dernières décennies, le taux de tabagisme en France est resté globalement élevé, malgré l'adoption de politiques publiques et de législations antitabac ambitieuses. Or, des pays développés, similaires sur le plan des conditions socio-économiques, ont obtenu des résultats beaucoup plus spectaculaires. En Grande-Bretagne, la prévalence tabagique est ainsi passée de 27 % en 2000 à 16% en 2016.

Une des causes de ce décalage français est le niveau toujours élevé d'initiation au tabac chez les jeunes. Pour exemple, seuls 18% des enfants britanniques de moins de 16 ans avaient essayé de fumer en 2016 alors qu'en France, les estimations pour le même groupe d'âge en 2014 étaient de 49%. Ce différentiel notable pourrait être dû à une perception positive du tabagisme chez les adolescents français.
Or, à partir de novembre 2016, un mouvement plus régulier de hausse des prix du tabac a été initié. En outre, c'est au premier janvier 2017 que la France a rendu obligatoire le paquet neutre qui a privé les fabricants de leur dernier espace promotionnel légal. En fait, ces paquets étaient introduits sur le marché français dès la fin de l'année 2016.

Afin de mesurer l'impact de ces mesures sur la perception du tabac, une étude nommée Depict a été menée auprès de 2050 adolescents (12 à 17 ans). L'étude a porté sur deux vagues en 2016 et 2017 pour évaluer l'évolution de perception via des questions sur : a) la peur des effets du tabac ; b) l'impression de l'existence d'une « guerre » entre fumeurs et non-fumeurs ; c) l'acceptabilité sociale des fumeurs ; d) l'impression que fumer rend plus à l'aise dans un groupe ; e) la perception des paquets de tabac neutres.

Dans le cadre de cette étude, 28,8% des adolescents ont déclaré ne pas craindre les conséquences du tabagisme ; 81,3%, qu'il était dangereux de fumer ; 16,5% ont déclaré que les membres de leur famille avaient une attitude positive à l'égard du tabac et 20,9% que leurs amis étaient favorables au tabagisme.
L'étude confirme que les facteurs sociaux pèsent sur la consommation de tabac chez les jeunes. Les adolescents fréquentant les lycées techniques et professionnels sont ainsi plus enclins à fumer et ont une vision plus positive du tabac. De plus, ils ont une probabilité plus élevée de commencer à fumer précocement et régulièrement.
En moyenne, les participants ont fumé pour la première fois à 13,9 ans, le tabagisme régulier (>=1 cigarette par jour) étant initié à 14,3 ans en moyenne.

Au moment de la première vague de l'enquête, environ un quart des adolescents avaient entendu parler de l'introduction des paquets de tabac neutres fin 2016. Les jeunes scolarisés dans l'enseignement technique ou professionnel avaient un avis moins favorable sur cette mesure. Le seul autre facteur associé au fait d'avoir un avis défavorable sur les paquets de tabac neutres était le fait d'être fumeur.

L'étude montre des changements dans les perceptions des adolescents concernant le tabac et les expériences de tabagisme après l'introduction du paquet neutre. Après celle-ci, on relève en effet une augmentation de la perception de la nocivité du tabagisme, une diminution de l'acceptation du tabagisme et une baisse de l'expérimentation du tabac chez les adolescents. Ces phénomènes sont plus marqués chez les filles que chez les garçons. De plus, un an après l'introduction du paquet générique en France, l'attachement des jeunes fumeurs à leur marque de tabac avait considérablement diminué. Ces résultats convergent avec les leçons de l'expérience australienne.

Ces résultats doivent néanmoins être interprétés dans un contexte où l'introduction du paquet neutre est survenue parallèlement à la mise en oeuvre d'autres politiques de lutte antitabac. Il faut également prendre en considération le fait que des données récentes suggèrent une tendance à la baisse de la prévalence du tabagisme chez les adolescents vivant en France entre 2014 et 2016.

Quoi qu'il en soit, cette étude confirme que la France est en bonne voie pour freiner le tabagisme des adolescents. Les efforts pour retarder l'expérimentation et dénormaliser le tabagisme auprès de cette cible prioritaire semblent enfin porter leurs fruits.

Bonne lecture,

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