Editorial

DNF félicite la nouvelle Ministre des Solidarités et de la Santé et l'invite à l'ACTION pour tenir l'objectif de la première génération sans tabac

L'élection du nouveau Président de la République est a priori un signal positif pour la cause que DNF défend depuis des décennies. Sans détailler trop ses propositions, Emmanuel Macron a néanmoins exprimé sa détermination à affronter ce fléau de santé publique. Première cause de mortalité évitable dans notre pays, prévalence au-dessus de la moyenne européenne (32% contre 26%), coût social et sanitaire annuel de 120 milliards d'euros, le tabac doit évidemment être au premier rang des priorités de santé pour ce quinquennat.

Dans ce domaine, comme dans d'autres, il va falloir désormais passer du discours à l'action.

Comme personne ne croit plus à la page blanche ni au passage de l'ombre à la lumière, les nouveaux pouvoirs publics devraient déjà s'appuyer sur ce qui existe.
Notre pays a d'abord une législation très complète en matière de lutte contre le tabagisme, assortie d'une liste en expansion constante des agents habilités à constater les infractions à cette législation.

Malheureusement, comme la Cour des comptes et les associations l'ont si souvent dénoncé, il y a une insuffisance manifeste des contrôles publics et des sanctions. Force est de constater que cet état de fait n'est pas pour rien dans la hausse des atteintes à la loi. Dans les entreprises, les bars et restaurants (particulièrement sur leurs terrasses couvertes et fermées, qui pullulent en toute illégalité), les discothèques, dans certains lycées encore, trop de nos concitoyens sont toujours soumis au tabagisme passif. Trop de nos jeunes mineurs peuvent aussi se fournir en tabac dans le réseau officiel, en violation d'une interdiction nettement établie dans la loi.

Notre pays s'est également doté d'un objectif ambitieux, dans le cadre du Programme National de Réduction du Tabagisme (PNRT) porté avec courage par Marisol Touraine : arriver à la première génération sans tabac dans moins de 20 ans. Le Président Macron l'a fait sien durant la campagne électorale. Certes, afficher un but ne suffit pas, mais c'est une condition sine qua non si l'on veut mener une politique ambitieuse. Avec un usage quotidien de tabac à 17 ans à 32.4% en 2014, la France en a bien besoin.

Autre acquis, l'adoption tardive, lors des derniers textes budgétaires du quinquennat, du projet de création d'un Fonds de prévention du tabagisme. Pour rappel, notre pays ne consacrait jusqu'ici que 0,08 euro par an et par habitant à cette prévention, alors que les expériences internationales réussies portaient sur des montants au minimum 60 fois plus élevés. Toutefois, pour l'heure, ce Fonds demeure essentiellement une virtualité positive. Pendant la campagne, le candidat Macron a évoqué la création d'un Fonds de prévention généraliste doté de 5 milliards d'euros de budget. L'articulation de ces dispositifs, leur financement, la définition des priorités à soutenir, la sélection des projets, tout reste à faire.

Outre ce changement dans la continuité, il existe des domaines dans lesquels il faut agir beaucoup plus fortement que lors des derniers quinquennats.
Nous pensons, par exemple, au tabagisme durant la grossesse. Notre pays détient en effet un triste record européen, avec près de 20% des femmes qui continuent de fumer durant toute leur grossesse. Les propositions pour remédier à cette situation existent : insertion d'un enseignement de tabacologie dans les cursus initiaux et de formation continue des professionnels de santé ; conseil minimal par tous les professionnels de santé consultés pendant la grossesse sur le tabagisme et les méthodes d'arrêt ; mise en place systématique de consultations dédiées au traitement du tabagisme dans toutes les maternités ; prise en charge globale du tabagisme des femmes enceintes, tant comportementale que médicamenteuse ; accompagnement également du partenaire, au minimum pour qu'il puisse aider sa compagne à l'arrêt, connaître les effets du tabagisme passif sur la grossesse et le bébé...

Autre exemple et non des moindres, après un quinquennat assez plat sur ce point, il est plus que temps de renouer avec de fortes hausses de la taxation sur les produits du tabac. La réduction de la consommation, produite par la hausse de la taxation et donc corollairement des prix, est en effet parfaitement documentée par une multitude d'études scientifiques. Rappelons qu'un de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, avait décidé en 2003-2004 des augmentations très conséquentes de la taxation du tabac, produisant une augmentation des prix de 40% et réduisant la consommation de tabac de 34%. Le candidat Macron s'était montré favorable à un paquet de cigarettes à 10 euros dans un délai bref. Reste au Président Macron, au Gouvernement conduit par Edouard Philippe, à sa future majorité parlementaire, à concrétiser cela dès les débats budgétaires de l'automne 2017.

DNF ne dissimule pas sa satisfaction devant la nomination d'Agnès Buzyn au Ministère des Solidarités et de la Santé. Nous nous souvenons de son engagement déterminé pour la santé publique notamment en tant qu'ancienne présidente de l'Institut National du Cancer (INCa) et du collège de la Haute Autorité de Santé (HAS). Sa grande expérience ne peut qu'être en accord avec les enjeux de la lutte contre le tabagisme. DNF espère que, ainsi secondé, le Président de la République sera fidèle aux engagements du candidat et marquera une véritable inversion dans la courbe du tabagisme en France.

Bonne lecture,





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