Editorial

Pays en voie de développement, marchés prioritaires pour l'industrie du tabac



DNF est convaincue, depuis plus de 40 ans, que le combat de longue haleine contre le tabagisme se mène sur tous les fronts (recherche, prévention, information, communication, contentieux, plaidoyer...).

Aujourd'hui, nous voulons saluer et conseiller à nos lecteurs l'intéressant travail de recherche conduit par l'Institut américain du Cancer et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ces deux organismes viennent de publier un rapport de 688 pages sur l'économie du tabac et de la lutte contre le tabagisme.

Pour cela, plus de 60 experts ont collaboré à la rédaction de ce rapport, près de 70 autres ont servi de relecteurs, tous venant d'univers académiques différents (économie, santé publique, contrôle du tabac...) et de toutes les régions du monde.

Le rapport met en exergue le coût sanitaire et financier démesuré et en constante augmentation du tabac dans le monde entier. Mais, ce que montre plus précisément l'étude, c'est que cette croissance provient, en très grande partie, des pays en voie de développement (PVD).

Cette monographie avait, en effet, pour ambition de mettre le focus sur les PVD qui sont désormais les cibles prioritaires de l'industrie du tabac. Cette dernière a compris que les pays développés avaient adopté, pour nombre entre eux, des mesures ambitieuses de lutte contre le tabac. C'est ainsi que notre pays, la France, s'est fixée l'objectif 2030 (naissance d'une première génération sans tabac) dont nous parlions dans notre précédent éditorial. La Russie envisage même d'aller plus loin en interdisant la vente de tabac aux enfants nés après 2015.

Ce sont les PVD qui fournissent à l'industrie du tabac les nouveaux clients pour son commerce de mort. Nouveaux clients dont elle a un besoin impérieux, puisqu'un de ses fidèles clients sur deux décède prématurément à cause de la consommation de ses produits. C'est, principalement, la croissance démographique dans ces pays qui explique que, alors que la prévalence du tabagisme diminue au niveau mondial, le nombre total de fumeurs dans le monde ne baisse pas. Ce sont désormais près de 80 % des fumeurs qui sont concentrés dans les pays en voie de développement. De ce fait, la mortalité annuelle attribuable au tabac, aujourd'hui d'environ 6 millions, pourrait passer à 8 millions d'ici à 2030.

Par exemple, en Afrique, le pourcentage de jeunes de 15 ans et plus qui fument actuellement est de 13,4%, le taux le plus bas comparativement aux autres régions de l'OMS. Toutefois, la prévalence du tabagisme devrait passer de 12,1% en 2000 à 18,1% en 2025, avec une forte augmentation chez les jeunes femmes. Le nombre de fumeurs africains passerait ainsi de 79 millions en 2015 à 135 millions en 2025.

Pour éviter que n'adviennent de tels résultats dramatiques dans ces zones en développement, les différentes mesures antitabac (interdiction de fumer dans certains lieux, fiscalité du tabac, prévention...) sont efficaces et ont permis de sauver des millions de vies à travers le monde. Malheureusement, ce sont les populations les plus touchées par cette épidémie industrielle qui sont, souvent, les moins bien protégées contre ce fléau par leur législation et leurs pouvoirs publics. Pourtant, comme le souligne le rapport, nombre de ces mesures sont peu coûteuses et faciles à mettre en oeuvre, tels les avertissements sanitaires ou l'augmentation significative de la taxation des produits du tabac.

Ce rapport démontre, également, que la lutte contre le tabagisme ne nuit pas aux économies des pays en développement. Même dans ceux qui dépendent plus particulièrement de la production et de l'exportation de tabac, les pertes d'emploi prévisibles pourraient être compensées et la transition assurée vers d'autres cultures. Dans tous ces pays, le gain d'une réduction de la prévalence tabagique serait évident, tant les maladies causées par le tabac entraînent une augmentation des dépenses de santé, une réduction des revenus, une amplification des inégalités déjà bien présentes dans ces sociétés. D'ailleurs, le rapport montre que si les Etats intervenaient rapidement avec des augmentations importantes des taxes et donc des prix, la consommation de tabac serait, chez les pauvres, en baisse de manière plus importante que parmi les riches, contribuant ainsi à réduire les disparités en matière de santé.

Cette monographie espère ainsi fournir aux décideurs des PVD les arguments indiscutables sur lesquels ils pourront fonder des politiques de contrôle du tabac ambitieuses. La plupart des PVD sont encore en situation de pouvoir « tuer dans l'oeuf » une épidémie naissance. Il leur faut agir avant qu'il ne soit trop tard.

Bonne lecture,

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