Editorial

Cinquième année du décret Bertrand : un anniversaire en demi-teinte


Ce 15 novembre marque le 5ème anniversaire du décret Bertrand visant l'interdiction de fumer dans l'ensemble des lieux à usage collectif. Cette mesure aura permis d'augmenter considérablement le nombre de Français protégés de la fumée de tabac. Après 15 ans de laxisme dans l'application de la loi Evin, pourtant pionnière au niveau mondial, il est désormais majoritairement acquis qu'on ne fume plus dans les lieux fermés et couverts. Merci Monsieur Xavier Bertrand pour cet acte courageux qui a permis de faire évoluer les comportements.

On peut cependant regretter que, faute de volonté politique, on ait pu laisser renaître les à priori et les formules toutes faites qui donnent encore droit de cité à des comportements qui avaient pourtant disparu au lendemain du 15 novembre 2006. En effet, en France, les comportements ne changent pas facilement, tout au plus agit-t-on par la peur du gendarme. Mais il faut dire qu'en matière de tabac, le gendarme est aux abonnés absents, qu'il s'agisse de la police, des inspecteurs du travail, des inspecteurs du génie sanitaire, ou de tout agent habilité à contrôler. Le changement de mentalité ne se décrète pas, il s'accompagne en rappelant sans cesse l'importance de cette politique qui veut que la population ne subisse pas les conséquences du tabagisme des autres. Il faut également aborder le sujet dans les medias sur un autre ton que celui de la polémique.

Non, on ne peut pas se réjouir que depuis 5 années 326 092 Français soient morts à cause du tabac. Il est vrai que la plupart avaient commencé à fumer avant ce décret et que certains fumeurs ont saisi l'occasion donnée par le décret pour arrêter de fumer. Mais il est vrai aussi que, malgré les avancées, nous sommes encore confrontés à des situations et des argumentations raisonnablement inacceptables ;
- être désormais contraints de subir la pollution tabagique de certains cafés qui entassent la majorité de leur clientèle dans des terrasses enfumées
- constater dans certaines villes que l'on fume à nouveau à l'intérieur des cafés eux-mêmes
- se voir imposer la fumée dans 21% des entreprises sans pouvoir réagir de peur de perdre sa place
- constater que l'on continue de fumer sur les quais de gare et même dans certaines voitures des trains de banlieue réquisitionnées par des délinquants en col blanc pendant que les usagers s'entassent dans les autres voitures
- laisser s'amplifier le phénomène des bars-à-chicha en complète infraction avec la législation et fréquentés à 80% par des mineurs qui ignorent que la chicha c'est du tabac
- autoriser tacitement la publicité en faveur de la cigarette électronique alors que les autorités l'ont écartée en tant que thérapie pour arrêter de fumer et la considèrent même comme potentiellement dangereuse pour la santé. Pourquoi, également, autoriser un argument de vente qui vante la possibilité de fumer là où cela est interdit ?
- laisser des chaines de télévision recréer les ambiances d'antan en incitant leurs invités à fumer dans un studio de télé devant des millions de téléspectateurs
- entendre les rapporteurs d'une mission parlementaire, puis le ministre du budget, déclarer que le tabac de contrebande est dangereux pour la santé en oubliant de dire que le bon tabac du buraliste tue tout autant que ces 2% de tabac de contrefaçon et que celui de contrebande est élaboré et fourni par les 4 grandes compagnies de tabac
- devoir se battre contre 205 députés pour faire retirer une proposition de loi qui aurait créé une exception culturelle autorisant la promotion du tabac, alors que la dernomalisation du tabac exige justement d'éviter la valorisation du tabagisme par association à des événements, des faits ou des personnes médiatique
- devoir se battre contre un projet de loi ministériel pour faire retirer un amendement glissé subrepticement dans le projet et dont l'objectif était de réduire, voire de supprimer toute possibilité de sanctionner les infractions à l'interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif et les délits de publicité interdite
- voir un site gouvernemental diffuser des informations en totale contradiction avec la loi Évin, le décret Bertrand et toutes les circulaires qui les explicitent

Oui, Monsieur Bertrand a fait du « beau boulot » avec ce décret, mais pour arriver, dans les 5 prochaines années, à un changement sur le fond, à des entreprises où patrons et collègues ne font plus subir aux employés la violence et le mépris, à des émissions de télévision et des articles de presse où l'intelligentsia ne fait pas l'apologie du tabac en confondant addiction et liberté, à des parcs où les enfants ne ramassent pas des mégots dans le bac à sable, il faut définitivement en finir avec l'image sociale valorisante du tabagisme. Le tabagisme n'est pas un droit, c'est un vice entretenu par une industrie meurtrière. Sa pratique est encadrée par des lois et des règlements car la fumée nuit à ceux qui la subissent.

Xavier Bertrand a confié au député Yves Bur la mission de déterminer les actions de nature à réduire drastiquement la prévalence tabagique. DNF participera à ces travaux en souhaitant qu'ils débouchent sur des décisions concrètes accompagnée par la vraie volonté politique de redonner au tabagisme sa dimension de dépendance tolérée.

Actualités

Domicile

Conformément à la loi Informatique et Libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de rectification et de suppression des informations vous concernant auprès de DNF par Internet en écrivant à webmaster@dnf.asso.fr ou par courrier, 5 passage Thiéré - 75011 PARIS. Pour vous désabonner, cliquez ici.