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Éditorial

Tabac, cinéma et dénormalisation : faut-il interdire le tabagisme sur les écrans ?

Lorsque la sénatrice Nadine Grelet-Certenais interpelle la Ministre de la santé à propos du tabagisme omniprésent au cinéma, et que cette dernière partage ce constat, DNF ne peut qu’approuver. Le tabac est en effet trop présent dans les fictions françaises, bien au-delà du vraisemblable et plus encore des nécessités dites artistiques.

Cette omniprésence avait déjà été soulignée par la Ligue contre le cancer, en mai 2012 : après avoir analysé 180 films, la Ligue démontrait que 80 % de ceux-ci présentaient au moins une scène de tabagisme.

Alors que les espaces où l’industrie du tabac peut communiquer se réduisent, l’interdiction de la publicité et la neutralisation des paquets produisant leurs effets, les fabricants ont trouvé à travers les placements de produits dans les productions cinématographiques un moyen efficace pour cibler les plus jeunes. Banaliser l’acte de fumer, le rendre désirable… le cinéma, est une vitrine idéale pour valoriser le tabagisme, auprès d’une population jeune très consommatrice de films et séries.

Des chercheurs de l’université de Bristol ont interrogé 5000 adolescents ayant vu une cinquantaine de films à succès, entre 2001 et 2005, et les conclusions de leur enquête sont accablantes : « Ceux qui, à 15 ans, ont vu des films où les personnages fumaient ont 73 % plus de risques d’essayer la cigarette et même pour 50 % d’entre eux de devenir fumeur » Chronique 13 du Dr Mesny.

Agnès Buzyn, dont nous saluons une fois encore l’engagement courageux et déterminé, compte intégrer des mesures sur ce sujet, ainsi que sur la promotion sur les réseaux sociaux, dans le futur Programme National de Reduction du tabagisme (PNRT) 2 qu’elle prépare. DNF a d’ores et déjà participé à des échanges sur ce PNRT 2 au Ministère de la santé et se réjouit de voir ainsi avancer ce dossier. Naturellement, elle devra faire face au cœur habituel des dénonciateurs, plus ou moins sincères, de ce type de mesures, mettant en avant la liberté de création et le risque d’aseptisation de notre société.

A DNF, nous sommes profondément attachés aux libertés publiques et au pluralisme de la société, mais nous n’oublions pas que la protection de la santé publique est également un principe constitutionnel et peut justifier, en droit, des restrictions ou des régulations d’autres libertés et droits.

Si nous voulons atteindre l’objectif d’une première génération sans tabac, fixé pour la France par le PNRT, il ne faut négliger aucun vecteur. Des pays comme la Finlande ou le Danemark travaillent activement à un tel objectif, d’autres, comme l’Irlande ou l’Islande, ont d’ores et déjà réussi à réduire drastiquement la prévalence tabagique chez les plus jeunes. Sur toutes ces expériences internationales, la rencontre européenne organisée par l’ENSP, le réseau européen de prévention du tabagisme, en Estonie, la semaine dernière, a été très instructive et pleine d’espoir. Oui, le combat contre le tabac peut être gagné, comme l’a rappelé en clôture de cet événement, notre directeur qui est également vice-président de l’ENSP, Stephen Lequet.

Bonne lecture,

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